Thomas Cock

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L’amour ou la schizophrénie de la bouche

In Uncategorized on 02/01/2011 at 5:57

C’aurait dû être l’été indien, ça l’était en moi. J’entrais dans une période de transe, d’extase existentielle. J’étais une drogue. J’étais ma drogue et le monde me sniffait. Je nageais dans du bleu indigo. Je crèverais un jour ! Peut-être ! Même jeune ?!  Mais sur du Stan Getz et avec la conviction de devenir une étoile. Astralement vôtre, je vous prie!

Je voyais à travers les habits des filles dans la rue, je pensais à voix haute, on me sourie, on m’applaudit, on me « encore », on m’aime. Je voyais avec mon putain de troisième œil et pouvais enfin apprécier un peu de détachement, un peu de recul sur cette angoisse, cette imminence de toutes choses, cette importance des petits riens, cette fausse signification, ce besoin… J’écrivais tous les jours et il ne me fallait rien de plus, la bouffe avait bon goût, le bourgogne coulait dans mes veines, la vodka remontait mes artères et des pensées nouvelles baisaient dans ma tête. J’étais le cartésien désabusé de Gaspar Proust : « Je pense donc je suis mais je m’en fous ». J’avais le droit de m’en foutre et bien plus… Là où j’étais, il n’y avait rien à comprendre, juste à vivre et j’étais instinct.

C’était une néoménie. Après Lilith, la lune noire, l’abysse asexué, le rayon impossible, elle réapparaissait, Hécate, l’éméchée, son diadème argenté penchait comme un soir de bal et j’étais ivre en lune de femmes différentes. Des seins en poire me souriaient dans mes rêves et dans la vie, j’étais sexuel et avais une impression de Ravel qui jouait les jeux d’eau qui ne me quittait plus. Les doigts dansant constamment sur mes cuisses, sur la table, sur le bureau, sur le lit, sur un ventre, une poitrine, un cou, une nuque… Quel morceau jouaient-ils ? De quelle vie se souvenaient-ils ? Et qui était cette fille que la vie kaléidoscopait ? Destin ou acrasie de la baise ? Et quelle baise ! D’abord sur un bateau qui faisait un dj tour de nuit, un tour de la presqu’île de Montréal. Le tour d’une presqu’île ? Je la perds sur le ponton quand on accoste. Je la retrouve sur une terrasse, quatre jours après, je doute, j’envois un message et elle lève la tête… Je l’invite à boire un verre, elle ne peut pas et je la recroise le soir même… Je l’avais épié dans un bar, je l’avais rêvé à une expo, je l’avais sentie tout autour de ma tête me laver, me coiffer… Je l’avais invité à une soirée sur un bateau prétextant avoir deux invit’, je l’avais perdue et reperdue, je lui avais écrit de la poésie sur mon blog, je l’avais appelée et appelée pendant trois semaines… Elle ne répondait pas, il avait commencé à pleuvoir, je l’avais remplacé par une autre pour ne pas la harceler… Je l’avais là maintenant dans mon lit.

On est au petit matin ce que la cigarette est après la baise. On est au petit matin ce que l’aurore est au coq et  nous bouffons des menstruations de poule avec du lard et du lait. Je la regarde évoluer nue dans mon nouveau studio, je la baise des yeux, j’en veux à cette nonchalance de chatte. Je me masturbe sous la table à déjeuner et lui demande si elle veut vivre avec moi, je lui fais du pied nu, je lui dis qu’elle est à deux reprises mon plus beau coup d’un soir et lui demande si ça la dérangerait que je pleure en parlant d’une ex, en bouffant dans son assiette, en me mettant à boire à cette heure matinale… Il faut que je pète et surtout pas que je t’aime. Je ne veux plus partager mon amour, je suis très bien avec moi et moi, à m’aimer moi… Je me le rends bien ! Je ne veux pas inventer des affinités entre nous, encore moins en créer. Je ne veux pas me mettre à faire tout le contraire de ce que j’avais dit, de ce que je viens de dire. Je ne veux pas me contredire sous prétexte que tu manges les seins nus trop fermes. Je ne veux pas insister et te forcer à venir au resto avec moi ce soir m’écouter faire d’atroces blagues parce que je suis heureux et que tu t’imagines que t’es belle parce que je te regarde les yeux brillants, la bouche qui remonte des deux côtés vers des oreilles rouges, le cerveau défoncé au rose amour, en prairie de gazouillis, le nez stupide, les joues relevées, la glotte suspendue, le menton en arrière, les poumons et le foie devenus inutiles à mes vices. Je ne veux pas combler les blancs, je ne veux pas te parler de cette attente absurde qu’a été ma vie et est toujours… Je ne veux pas avoir de sentiments, encore moins pour quelqu’un. Pour toi… impossible, t’es bien trop belle pour ça! Je ne veux pas être jaloux, fou, oisif, lunatique, lunaire, assoiffé, inquiet, demandeur, vulnérable, touchant, mignon… Je ne veux pas être déraciné, j’ai peur du vide, j’ai peur… Je ne veux pas être franc, honnête, amoureux… Je ne préfère d’ailleurs pas en parler, tu pourrais t’imaginer n’importe quoi…

Attends!

Je ne veux pas non plus que tu te rhabilles, que tu changes, que … que tu répondes, qu’on parle, qu’on soit poli ou pire qu’on propose, qu’on prévoit, qu’on fasse, qu’on éventualise, qu’on dise, qu’on mente ou qu’on débriefe ce que je viens de dire et qu’on s’apprécie un peu, qu’on avoue, qu’on reconnaisse quoi que ce soit… Je  veux juste qu’on ne quitte ce matin ! Savoir ce que deux animaux feraient à notre place! Et faire pareil!