Thomas Cock

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Hululement

In Uncategorized on 17/02/2011 at 6:19

J’ai erré comme ça… de poésies en femmes, de femmes en bars, de proses de dessous de verre en femmes et de femmes en fêtes, en fêtes… devenant toujours meilleur danseur. 1000 dollars pour rester suspendu trois heures dans des cordes à côté d’une donzelle nue, c’était plus que je n’espérais et ça méritait d’être claqué avec un peu de poésie. L’exposition d’Otto Dix, la possessivité de l’art, Orange is blue, un concert jazz, une lecture de poésie out of a blue…

Concordia, première au cinéma d’une adaptation de cet ovni de poème Howl d’Allen Ginsberg. J’y ai été seul sans savoir que le film ouvrait un festival gay. Seul, l’air de dire « Coucou les petits loups ! Regardez qui est venu voir, seul, un film sur des poètes homosexuels… ». J’ai enfilé mes lunettes sans corrections en sortant de la salle pour brouiller un peu les pistes, ce qui aggrava mon cas. J’avais l’air de James Franco qui jouait justement  le rôle d’Allen Ginsberg… La séance finissait à minuit et j’étais au cœur du Village un vendredi soir.

Cuirs cloutés, latex roses, mauves à strasses et paillettes fluorescentes dans la nuit incandescente, jeans slims et shortys défiant l’hiver, furieuse et déviante testostérone bourdonnant tout autour de moi ; loup parmi les loups, mais des loups qui ne chassent pas des louves. Fuite dans le porte tourniquet d’un métropolitain, clochards empaillés de froid intérieur, de haine et d’inespoir, concierges du sous-terre et têtes du cerbère de fer avalent ma conscience, brulure d’égo pour quelques pièces.

On. L’hétéroclisie et moi filons gravement dans cet intestin, avalé et chié chacun à notre tour.   Jusqu’à ce que ce soit le mien. La nuit s’offre à moi sur un plateau et je la prends à emporter. Je pourrais être n’importe où… mais pas m’échapper… Chez moi, deux bières Sapporo et un paquet de clopes Accords, écrire un peu devant la télé. Je suis déçu qu’on ne parle déjà plus du parrain assassiné. J’espérais quelques représailles. Je zappe. Un vendredi soir devant la télé, l’événement culturel et intellectuel de la semaine. Ma télé est pleine de cinglés qui de leur plein gré s’enferment dans d’immenses cercueils de verre remplis d’horribles insectes ou se jettent dans le vide, les yeux bandés ; voire nagent avec des requins blancs, le but étant de les caresser… Le sens moderne ? La peur, maitresse de l’évolution? Ou bien ou bien… la perte de soi dans l’affirmation du tout?

J’ai souvent espéré qu’il m’arrive un accident. Un accident formidable, entendons-nous bien. Un de ces accidents qui nous laisse indemne au bout d’un mois de convalescence. Convalescence d’écriture, un accident de style se répercutant sur le mien, un accident qui donne sens à l’avant et à l’après… un accident frontière entre mes deux vies, …

Après avoir zappé et zappé des obèses et des obèses luttant pour changer de garde robe, des à peine moins gros faisant des fourchettes et des couteaux pour être le nouveau chef d’acier et puis alors des poids moyens qui se disputent des bouts de tissus pour habiller des femmes tout à fait minces… je me suis endormi l’esprit anorexique.

Durant la nuit, je me suis levé, je suis sorti de mon lit avec mon masque d’avion dans les cheveux et j’ai marché jusqu’à la porte de mon studio. J’ai ouvert et dans le couloir j’ai crié : « Espèce de taré ! Tu vas la boucler !!!!!!! ». Il n’y avait personne. J’ai pris un cachet de mélatonine et me suis recouché.

La nuit fut ensuite un genre de coma profond et intense, un coma tourné par un Scorcese ou un Kusturica. Oui ! Parce que l’humilité, c’est aussi se passer de la modestie. Un puzzle d’amnésique. Seulement l’amnésique c’est moi. Chaque nuit depuis deux mois, se déroule plusieurs souvenirs de ma vie, formant sur la nuit un épisode avec tel ou tel perso selon la saison… Les semaines définissant les saisons…  Le jour est une amnésie du sens. Impossible d’y comprendre quoi que ce soit et je reste comme ça, tous les matins, aberré dans mon lit, les yeux grands ouverts fixant la dernière image de mon rêve, un endroit, un moment de ma vie passée.

Comme si c’était la dernière fois que ces images m’apparaissaient clairement, ou tout simplement m’apparaissaient.  Comme si cet accident finirait par arriver. Comme si j’allais en mourir. Ou peut-être juste que je m’apprète à entamer une autre bobine de film, un nouveau rôle, une autre série… Mais toujours ce générique de fin. Pourquoi?  Toujours cette phrase qui achève de me réveiller. « Il est plus cinglé de se souvenir que d’oublier»