Thomas Cock

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Cock en stock

In Uncategorized on 23/11/2010 at 10:49

Je vois directement au petit sourire de la douanière ce qu’il va se passer. La grosse va chercher un grand maigre, le visage aigre tout rayé de rides, de vilaines pates d’oies au coin des yeux qui se décrispent quand il voit mon passeport. Prénom ? Thomas. Nom ? Cock. Ce serait pas plutôt la compagnie avec laquelle vous êtes venu ça Monsieur ? La grosse « OOOHHH » qu’elle commente ! « Thomas Cook » qu’elle comprend ! That’s my man ! Qu’elle félicite le grand maigre ! On ne me l’avait jamais faite, je crois que je vais appeler mon père! Ils se la topent et partent dans un grand rire. La grosse rit physiquement avec tout son corps, toute sa graisse. L’autre rit la main devant sa bouche comme s’il grignotait ses doigts. Un troisième con quitte son poste pour venir participer, un petit menton des petites joues, un grand front, un immense crâne plat. Le grand maigre lui passe mon passeport. Les yeux de la gueule-ballon d’hélium scrutent mon identité. Il relève la tête. Né à Kinshasa ? En Afrique ? qu’il m’interroge, l’air de dire : un noir blanc ??? Non ducon, Kinshasa dans le Labrador !  Ses gros yeux tout mouillés regardent tour à tour la grosse, le maigre. Son corps se secoue et explose de rire. Le crâne plat, ça trompe jamais, bercé trop près du mur… Là, je ne sais plus si les deux premiers se foutent de la gueule de leur collègue, ce qui ne serait sans doute pas une première, ou si ce trio de fous se fout de moi… Envie d’être un sorcier… Un vilain sorcier… Harry Cocker…

Déjà dans l’avion,  j’appuie sur le petit bouton qu’est censé faire  apparaître une superbe hotesse de l’air, on m’avait dit tu vas voir les femmes montréalaises… au lieu de ça un steward gay, je commande un coca … So my sweetie, you enjoy the cocke side of life… Euh no comprendo ! En bon steward gay, il parle évidement espagnol. Donc c’est six heures de vol  à vouloir chier et pas oser se lever de son siège… l’horreur…Je suis arrivé à montréal,  au Pierre Elliot Trudeau… avec une boule dans le ventre… et là comme les bonnes nouvelles s’enchaînent toujours… Il y avait une file de trois cents mecs…

J’ignore le foutage de gueule et sors les papiers de mon permis-vacance-travail… Tu viens bosser ? se marre le grand maigre. Il sait lire ! Oui, je viens pour trouver du travail ! Non parce qu’avec une adresse mail comme ça tu vas passer en spams ! Les pourriels à tous les coups ! That’s my man ! reprend la grosse ! Tiercé gagnant, les trois pleurent de rire ! Crâne plat : Il vient peut-être faire du porno ?! Putain ! C’est pas possible ! Qui sont ces trois anormaux ? Et qui est le mec qui fait passer les entrevues professionnelles ici ?? Sûrement un sacré cinglé aussi. C’est quoi le critère de sélection ? Un humour ou un corps pourri ? Les deux et c’est la vitrine !

Rien à déclarer ? me demande la grosse, les yeux humides. Non ! Hormis deux litres de vodka, une farde de clopes, des préservatifs, deux trois autres trucs et l’envie de vous trimbaler dans une cage pour faire les foires de tout le Québec…

Ouhhh ! Fait le grand maigre ! T’as vraiment pas de chance, toi ! Avant de me rendre mon passeport. Je prie pour qu’on ne soit pas de la même famille !

T’es belge !

Sans doute que d’une certaine manière, être belge m’a aidé à accepter l’absurde de mon nom de famille. Ça a toujours été pareil, des sous-entendus comme quoi ça me va bien… Que j’ai une tête de gland en gros… Est-ce que c’est ton nom de scène?  Blabla… Je vous passe les quatorze premières années où là, c’étaient de bonnes blagues d’enfant, j’étais Cock, encore à l’époque, le mari de la poule. Epoque bénie et regrettée! Jusqu’au jour maudit, quatorze ans,  je l’oublierais pas celui-là, où j’ai découvert, ou en fait plutôt nous avons découvert, moi et une classe de trente sales bambins, au cours d’anglais, … la signification de mon nom… Pénis ! Inutile de dire que j’ai direct switché en espagnol. Et il y a eu conseil de famille, le soir. Dans la famille pénis, je demande le père et la mère ! Vous étiez au courant qu’on était la famille bite? On représente des phallus!? Grand-père bite, grand mère bite, les cousines bites, tonton bite, papa bite, mère bite…  Non mais ne pas me le dire pendant tout ce temps équivaut un peu à m’avoir fait un poisson d’avril pendant des années… J’ai pas pleuré, j’ai fait ce que tout membres mâles de la famille cock fait quand il a trop de pression, j’ai été m’enfermer dans la salle de bain et j’ai joué un peu de mandoline. On sait tous que ça soulage ! Cock, mon nom de famille ça reste encore un mystère, je ne sais pas du tout si mes ancêtres ont été de braves guerriers du sexe, ou encore si c’est pour la qualité supérieure de notre semence… un goût original et sans sucres ajoutés, cocka-cola, … ou alors si on s’est vraiment comporté comme des bites…. Je sais juste qu’on a eu la sagesse de ne pas faire de blasons…