Thomas Cock

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Face B

In Uncategorized on 17/01/2011 at 2:10

« … C’est d’en revenir qu’il est difficile ! » Toucher  terre, à nouveau. Quitter l’artificialité aisée mais ironique des amphétamines. Quitter l’abri de velours, le refuge des âmes perverties. Quitter les danseuses et les fenêtres couvertes. Je n’avais plus d’argent. Tout le monde s’était dispersé. Eclaté ! Parti ! La lucidité me frappait maintenant de ses petits néons rouges et d’un soudain vide humain. Un néant d’humanité. Je partais le dernier de cette boîte. Natacha était toujours avec moi. Elle évoluait, elle aussi seule dans ses pensées, des pensées lointaines. On est sorti. Elle n’avait plus d’argent non plus. Nous marchions, blottis l’un contre l’autre. Tout l’onirisme champagne-pilule devenait un cauchemar de faim, de fatigue et de froid. Nous marchions. Un peu de vent soufflait dans nos discussions lasses dont l’absence d’intérêt mutuel résonnait à chaque carrefour comme la superficialité de notre siècle. Ce millénaire qui n’a que dix ans, qui n’est qu’un gamin, joue tout autour de moi, avec moi, avec mon évolution, notre évolution, ma conscience,  notre conscience…  Il était plus facile de rencontrer une fille sur la toile, de se confier à quelqu’un d’outre Atlantique, que de causer cinq minutes avec une fille lorsque le lubrifiant social déclinait.

Nous arrivions chez moi. Deux portes vitrées, une chaleur de hall trop fréquenté, une odeur de pieds, trente-huit boîtes à lettres, trois étages d’escalier et couloirs roses plein de portes, un obèse qui s’est endormi devant la sienne, une bière renversée à côté de lui. Ca n’a jamais été aussi minable que ce soir. Nous évoluions dans cet espace, calmement, un peu d’apesanteur, après une nuit-vie sur une autre planète. Nous découvrions, redécouvrions une misère encore plus singulière que toujours. L’enfermement de l’odeur, de l’air, divisé, compartimenté en des petits studios dans l’immeuble, me choquait, me marquait. Autant de clapiers pour téléphages, webivores, atomes solitaires s’atrophiant, reclus sur leur propre folie, mangeant de l’amour en tubes cathodiques, certains résolvaient des crimes en haute définition, grâce à un spécialiste du sang, d’autres préféraient une spécialiste des os, ou encore … Le meurtre de notre évolution, de notre génération s’était expertisé. Nous étions partis, une nuit et le progrès tout puissant, avait encore gagné du terrain.

Nous sommes entrés dans mon un-et-demi… Nous avons enlevé nos chaussures, nos manteaux, nos écharpes. Nous n’avons plus rien dit. Nous nous sommes embrassés. Nous nous sommes déshabillés l’un l’autre. Parce que nous le pouvions. Parce que ça semblait être la chose à faire. Parce qu’il fallait repeupler cette Terre, ai-je pensé à un moment. Nous nous sommes lovés jusqu’au lit. Nous avons glissé sous les draps… Et parce que ça semblait la chose à faire, nous avons enfermé mon sexe dans du plastique. Etranglé ! Etouffé ! Nous avons mis une barrière transparente, incolore et inodore à nos deux corps devenus trop proches, trop aimantés.

Pilule d’amour

In Uncategorized on 13/01/2011 at 10:15

Nous sommes à quatre dans un taxi six places. Glitz a insisté pour commander un mini-van, prétextant que ce serait un peu comme un Humer-limousine… Et en effet, ça nous permet d’avoir chacun sa dulcinée/banquette. Le taximan, un haïtien, comme souvent à Montréal, passe Float on des Modest Mouse. Et ça galoche ! Ca galoche, ça se pelote, ça gémit même un peu à l’arrière, ça rit beaucoup, ça n’a pas de lendemains… Alors si ça n’a pas de lendemains, c’est maintenant qu’il faut se diviser ces deux pilules de MDMA que j’ai trouvé en emménageant dans mon studio, deux pralines sur l’oreiller comme à l’hôtel… Les pilules de l’Amour ! Et ça gobe une demi chacun ! Ca avale, ça rit, ça boit de la mignonnette de Vodka que Glitz cachait dans son immense Jacket, … Ca s’arrête parce qu’on y est, tout simplement. Ca sort de la pseudo-limo et ça ne fait pas la file parce que Natacha ouvre son imper au videur. Ça entre.

Ca n’a pas de prix ! L’entrée, oui, mais pas ce qu’il s’offre à mes yeux ! Ce soir, les étoiles devaient fêter un quelconque anniversaire ou la grande vulve de l’univers s‘ouvre enfin. Ce soir le Show est un peu particulier ! Ce soir, le club ouvre ses portes aux jeunes talents ! Un concours est organisé autour de la barre à Strip. Pour les hommes ! C’est à qui trimbalera le mieux son petit cul ! Et devant moi deux amis ! Deux amis qui prendraient cher si la résolution de mon téléphone captait un peu dans le noir. Deux toulonnais ! Deux hommes dans la force de l’âge s’exhibent en maillot de foot bleu ciel. J’ai nommé J-diddy et J-lilly ! Un ballon entre leur deux têtes, ils descendent chacun tenu d’une main à la barre, secouant blanchement leur petit culs, parce qu’ils ont eu l’originalité d’enlever le bas et de garder le haut. Je soupçonne le manque d’exercice derrière cette demi-exhibition, à moins que leur Kamel Wali qui n’est autre que Geoff de Montpellier, ait quelques ambitions plus grandes pour la suite. La suite n’est que trémoussages et tirages de maillots. Mais un grand final synchro d’hélicoptère-bite ! Le public est en délire et les pilules commencent à faire effet !  « Pince à linge !!! » crie-je comme un fou, les dents serrées ! Mais encore ? « Clinge à l’air » crie le Glitz, se déboutonnant l’entre-jambe ! « C’est toi la pince à linge ! » me susurre Natacha en me mordant l’oreille ! « C’est pour mieux te pincer, mon enfant! » que je lui réponds en lui pinçant les deux tétons. « Tu es-tu aussi une pince à linge ? » demande Marie-E au Glitz. « You’re the string of my life !» romantique-t-il en lui sortant la culotte devant tout le monde et beugle comme un fou : « Chat pincé ! » Je garde la prise double tétons, lui la ficelle haut levé… Et là mes amis ! L’univers se métamorphose en grande pute salace et se lâche! J-lilly et J-diddy qui venaient d’emporter haut la main le concours Champagne à volonté, pour cause de seuls participants ; J-li, la bouteille-trophée dans une main, saisit de sa main vacante la zigounette à J-di. « Chat pincé!! » J-di se plie en deux et le glitz tire des mains de J-di une coupe qu’il lui colle au cul. « Coupette au cul ! » pleure de rire le Glitz. « Vas-te faire cuire le cul ! » hurle J-di ! « Cuire le cul ! » étant une de ses expressions sudistes préférées lorsqu’il s’énerve avec « Arrête un petit peu ! » que j’attends toujours. Geoff est le chat pincé ! Là, j’en peux plus d’un rire nerveux, la mâchoire crispée, la MDMA me bombardant de pensées sauvagement loufoques. Tout le joli corps de Natacha se secoue d’hilarités et ses seins vibrent. J’imite un électrocuté et lui dit : « Fille qui rit, fille dans le lit ! Et toi tu ris beaucoup ! » « Et toi tu glousses ! » Glisse le Glitz à M-E. J-di giffle J-li ! J’ai bien dit : « Giffler ! ». Geoff leur arrache la bouteille et vient en servir gloulot-bouches, goulot-décolleté… Il se prend un coupette au cul du Glitz. Une énorme porte cuir clouté s’ouvre libérant sept ou huit gars d’une petite pièce capitonnée pleine de bombes sexuelles qui se rhabillent nonchalamment. Parmi eux, s’il te plaît, Max Tombeur, mon meilleur-enfoiré de pote ! Qui se faisait une petite sortie entre collègues. C’est noël en novembre ! Je crois qu’il est gêné. Mais s’il est gêné d’être découvert dans un club de strip, cette gêne se fait gracieusement levrettée par celle de nous connaître et de nous voir dans pareil état. Toujours est-il qu’à ses risques et périls, il entreprend de nous présenter ses collègues qui ne tardent pas à prendre coupette au cul du Glitz qui signe une de ses meilleures performances ce soir. « C’est mon patron ! Glitz ! » « Coupette au cul, le patron ! Coupette au cul, le patron !!! »

« Celui qui travaille la nuit passe pour être le créateur du monde »

In Uncategorized on 12/01/2011 at 7:22

Kafka

Je regarde par la fenêtre une rue disparaître dans la cape traînant par terre du grand Noctambule. Mes yeux plongent trop loin dans l’abîme et mon reflet me revient dans la vitre. Le cadre de cette dernière délimite un petit spectacle d’ombres chinoises. Des gens ondulent comme des flammes noires tout autour de moi. Le son me rappelle à la normale, mon visage se tourne, mes yeux suivent avec un temps de retard, collant à ce petit théâtre de lanternes. J’écluse un petit verre d’alcool de biscuit en chœur. Nous sommes toujours quatre, attablés dans ce bistrot, le Glitz et les deux bombes sexuelles. Depuis combien de verres maintenant ? « On est ce qu’on fait semblant d’être ! Alors il faut faire très attention à ce qu’on fait semblant ! » dit le Glitz, en utilisant son petit verre à shot pour se toquer la tête, paraphrasant je ne sais plus qui. Comment en sommes nous arriver à cette conclusion ? Que peut-on bien répondre à ça ?  « Marie-Eve, tu es-tu une pute alors ?! » rigole la plus jolie des deux dont les cheveux ébouriffés, le visage embrumé d’alcool et sa nouvelle exubérance sont de véritables appels au viol. « Mais non ! » « Mais si ! » « Non … Si je suis une pute, t’es … t’es… t’es une catin ! » Je me marre en regardant l’autre zouave ému par cette magnifique répartie. On a changé les places, il y a pas cinq minutes quand le glitz est revenu des toilettes, c’est ce que j’appelle son côté « Perrin » (Pierre Richard dans la chèvre). Parce qu’alors que je le regarde envoyer un texto à je ne sais qui, il se prend la fin du pichet dans la gueule. Il est trempé et je le prends en photo avec mon mobile. Il me faut vite laisser tomber le Glitz parce que Marie-Eve empoigne le haut de satin de Natacha. Celui-ci se déchire sur presque toute la moitié droite du corps de Natacha. Ca ne pouvait pas mieux se passer ! Natacha est la plus bonne des deux, ma préférée et  je suis du côté droit ! Et le glitz est trempé ! Seul un pressentiment génial me poussant avant de partir à prendre mon autofocus rapide aurait amélioré cette situation ! Je « ouh » de stupéfaction, visant à mettre un peu d’huile sur le feu, mais un « ouh » aussi de jubilation face à un soutien marron avec des fioritures vanilles. 85 C ! Certain ! Mes préférés ! On finit par intervenir, glitz et moi, chacun attrapant et retenant celle que nous avions en vue. « T’es trempé ! » Gueule Marie-Eve, levant la main sur lui. Je croise les doigts mais non rien… Elle se calme. « Celui qu’on cherche est souvent à côté ! » lui affirme le Glitz, à la rien à voire ! J’adore parce qu’il est très proverbe ce soir ! Elle le dévisage. « T’es crazy lô toué ! » Il la regarde ! Ca dure, j’ai même le temps de sourciller en direction de Natacha. Marie-E lui essuie une petite goutte de bière qui lui coulait du front et comme un sauvage, il l’agrippe à la nuque et l’embrasse.  Mais vraiment comme un sauvage qu’aurait plus mangé depuis trois jours. Elle ne se débat presque pas. Je prends l’imper de Natacha et lui entonne un « Sortons… ». Dehors, je crois que je tarde un peu à lui donner son imper alors qu’elle ne sait pas comment utiliser ses bouts de satin pour couvrir ses seins. Il y a comme une brisure dans le continuum, un blanc, l’air trop frais ravive, rappelle à la réalité… Sa peau frissonne et je l’enveloppe de mon manteau. Que dire ? Que faire ? Se pencher simplement ? Une diversion ? Les deux autres, à l’intérieur, roulent sur la banquette. Natacha les regarde. Quand son visage reviendra à moi, je l’embrasserai. Une seconde à patienter me fait crier intérieurement à la voyeuriste. Elle se retourne. Mes yeux trahissent mon intention. Je plonge.

Elle se laisse faire. Sa bouche est chaude, sucrée Amareto, avec une langue dedans. Une danseuse de langue. Elle s’adosse à la vitrine. Je me colle à elle qui a toujours ses bras repliés contre ses seins. Ses bras gigotent et se fraient un passage sous ma chemise. Je lui libère un sein, gelé comme ses mains, ses bras, sa poitrine, son cou que caresse maintenant mon autre main. Elle m’enfonce un genou entre les jambes. Et un grand BAM retentit. L’instant d’après j’entends à travers la vitre mon pote crier sur le serveur : « Monsieur ! On reconnaît un homme à la propreté de son plancher ! Et celui-ci glisse ! C’est une honte ! ». L’instant d’après Marie-E et Glitz sortent dehors, à moitié poussés.

« Tous aux danseuses » qu’il gueule ! « Je vous paye une danse ! » Le temps se gonfle comme un gros accordéon puis se détend. « T’en connais un pas loin ? » « Thomas ! » me répond-t-il. « Il est facile d’aller là où on veut, c’est d’en revenir qu’il est difficile ! »

A suivre !