Thomas Cock

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Kundalini ou le serpent qui jouit

In Uncategorized on 16/11/2010 at 12:07

Derrière mon masque d’avion, dans ma tête bien bouchée par deux boules qui-est-ce ?, dans ma caverne aux idées, j’apprécie le silence. Je suis complètement étanche. Complètement étanche au 825 kilomètres/heure de vitesse de croisière. Complètement étanche aux moins dix degrés de température extérieure. Complètement étanche au temps et à l’espace qui s’écoule sous moi, à travers moi. Complètement étanche aux cris de cette bande de gamins de merde. Quarante deuxième épisode après 5 heures de vol. Sales pleurnicheurs ! Sale parents incompétents ! Deux maudites petites filles, à ma droite, futures moches si l’avenir n’y change rien. Deux petits blacks qui jouent avec le store du hublot à ma gauche. Un obèse, le siège d’à côté, qui me prive plus que d’un accoudoir. Et encore un foutu gosse, sans doute le pire, sans aucune initiative personnelle, il pleure à chaque gémissements des autres petits, bébé perroquet. Moi qui m’étais réjouis de ma place, à l’avant, première rangée, pour étendre mes jambes, je suis bien loin de l’équipe de volley féminine, plus aucune trace de la fille de l’aéroport… Le tout joyeusement remplacé par une bande de violeurs de l’intimité, chacun à leur manière …

Maintenant, j’ai moi-même atteint mon rythme de croisière et trouver l’adéquation profondeur/étanchéité des boules qui-est-ce ?. Complètement étanche, somniféérique, je rêve de ma nouvelle vie. Je rêve que je suis un homme qui peut tout. Un homme débarrassé de tout. Je rêve d’un peu de tout sans savoir de quoi exactement. Je rêve que je suis un Nâga avec une jolie nagini. Je rêve que cette jolie serpent aime ma poésie.  Je rêve que je suis le nâga à mille tête, vestige des mondes anciens et des mondes à venir. Je rêve que je suis kundalini, que je me dresse, que je suis à l’origine et à la fin. Je rêve que tout ça me calme et me fasse oublier que je respire le même air que tous ces gens dans l’avion. Je rêve que je suis Kundalini, le serpent de Shiva, énergie sexuelle et spirituelle, colonne vertébrale et sommeil profond. Je rêve.

Je rêve que l’avion s’écrase gentiment dans l’océan. Il n’y a pas de quoi paniquer, les portes s’ouvrent et de grands toboggans se déplient, se gonflent et deviennent de bons grands radeaux jaunes. Sur le mien une tante s’érige, façon yourte. Il n’y a pas trop de vent. La yourte avance paisiblement, je peux voir l’île d’ici, j’espère juste que les secours n’arriveront pas trop vite… Ca me fera une chouette histoire à raconter à mes potes… Je remonte ma montre de six heures et dérive. 32 degrés, 40 de température ressentie, 23 points de rosée. Légèrement humide, la yourte flotte calmement. L’obèse est toujours là, à côté de moi, mais tous les gosses et leur parents sont sur un autre toboggan/bateau, il m’explique que je serais très étonné par les montréalaises et leur ouverture d’esprit. L’hôtesse nous apporte des collations. Le bateau dérive et je suis Kundalini, le serpent qui bande de ce qui l’attend…  Je rêve à la dérive.

Le grand huit

In Uncategorized on 15/11/2010 at 9:52

Je marche pieds nus sur la moquette de l’avion, entre les sièges. Il y a l’équipe de volley ball féminine dispersée sur une dizaine de sièges. Il y a deux blondes qui se ressemblent et m’excitent. Je vais aux chiottes. Dieu que tu serais grand ! Qu’elles m’accompagnent ! Qu’elles me coincent ! Qu’elles m’attrapent dans ces chiottes célestes ! Qu’on crie tous les trois dans ces toilettes jusqu’à écoeurer les autres passagers ! Que le pilote doive utiliser son petit micro pour nous rappeler à l’ordre ! Je marche pieds nus et j’ai soudain une impression de grand vide sous mes pieds. En fait, la soute avec nos valises et puis le vide. Un sentiment de folie que cette carcasse de fer se soulève avec nous tous dedans ! Folie et vide philosophale ! Folie sagement acceptée par nous tous petits voyageurs du ciel. Je pense à ce vide qui nous enveloppe. Je pense à mon ex, cette grande malade que je laisse sans peine derrière moi, Barbara. Barbara, la folie, complètement ivre du soir au matin. Ca m’a directement plu. L’entreprise de la séduire fut quelque peu poétiquement incorrect mais…  Et fut à peu près tout ! Parce qu’une fois eue, il n’y avait plus rien à dire. On était tous les deux excellents dans l’art de se refuser l’un l’autre et de se désirer. Au-delà de ça, on s’est découvert aussi incapables de s’aimer que de l’envisager. Ce n’était pas bien grave. Au contraire, une chouette drague suivie de la fatalité de notre incompatibilité m’avait épargné, le fleuriste et les chocolats… Enfin un des deux ! Ca me plait de repenser à tout ça sur cette chiotte aérienne ! Déféquer à mon aise, en me rappelant comment la poésie l’animait. Elle en voulait !

Je l’avais vue dans un bar. Sans qu’elle me vit. J’avais son numéro. Je rentrais et m’installais à l’autre bout du bar. J’étalais mes affaires et lui envoyais un petit message. Elle ne m’avait toujours pas remarqué ! « Je faisais un peu de chamanisme ce matin et les trippes d’un labrador chiot étaient formelles… On va se revoir ! » J’observais la grimace prendre son visage et elle s’activer sur le clavier de son portable. Juste le temps de mettre le silencieux… Comme à la pêche ! Faut pas juste que le poisson titille l’hameçon, faut qu’il morde ! « Je t’ai dit l’autre soir que t’étais un grand malade et que je suis dingue ! Je suis trop dingue pour toi, ça te rendra fou ! Laisse tomber ! » Elle avait raison ! Mais j’ai toujours pensé que deux moins faisaient plus ! Et puis on ne m’avait encore jamais répondu de la sorte ! Je venais de l’observée, sereine répondre qu’elle était folle et que je devais laisser tomber… difficile de croire que c’est ce qu’elle voulait… Mon vieux pote Polo, il y a quelques jours, m’avait lâché une phrase alors qu’on se soulait au bar du marché, de je ne sais plus qui mais qui paraissait être la bonne… « Sans vous ma très chère folie, il y a des choses que l’on ne saurait voir… Avec vous tant de choses qu’on pourrait croire ! Hasard branlette ou destinée sexuelle que tu sois dans le même bar que moi. » Elle lève la tête de son téléphone et circonspecte, tourne comme un phare jusqu’à moi. Je regrette déjà de ne pas avoir fait envoyer le mot par la serveuse… Soit ! Elle se dresse sur ses pattes arrières ! Elle est encore mieux que dans mon souvenir ! De face, son bassin, ses hanches et sa poitrine dessine un beau huit ! Un putain de huit ! Le grand huit comme je l’appelle aujourd’hui, la mémoire du cœur ou la lassitude du sexe sans amour. Ce va et vient entre ce qu’on désire et ce qu’on refuse d’admettre. Entre la volonté et la fuite. Entre la croyance et l’insouciance. Entre la volonté de croire et le jem’enfoutisme. Ce numéro de cirque ! Ce joyeux bordel dans lequel j’évolue qui me donne de plus en plus souvent l’impression de ne plus savoir ce que je veux. Ou plutôt qui je veux. Ce huit, chaque fois que je le vois c’est une petite crise cardiaque agréable.

Je pense à cette crotte qui vole et qui vole, qui se désintègrera en une légère brise de crottes avant de toucher terre. Je pense à Barbara, la folie et son superbe huit ! Je pense au prochain huit et à l’infini de huit parfaits et imparfaits qui peuplent l’autre continent et qui m’attendent ! Infiniment oui !