Thomas Cock

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« Celui qui travaille la nuit passe pour être le créateur du monde »

In Uncategorized on 12/01/2011 at 7:22

Kafka

Je regarde par la fenêtre une rue disparaître dans la cape traînant par terre du grand Noctambule. Mes yeux plongent trop loin dans l’abîme et mon reflet me revient dans la vitre. Le cadre de cette dernière délimite un petit spectacle d’ombres chinoises. Des gens ondulent comme des flammes noires tout autour de moi. Le son me rappelle à la normale, mon visage se tourne, mes yeux suivent avec un temps de retard, collant à ce petit théâtre de lanternes. J’écluse un petit verre d’alcool de biscuit en chœur. Nous sommes toujours quatre, attablés dans ce bistrot, le Glitz et les deux bombes sexuelles. Depuis combien de verres maintenant ? « On est ce qu’on fait semblant d’être ! Alors il faut faire très attention à ce qu’on fait semblant ! » dit le Glitz, en utilisant son petit verre à shot pour se toquer la tête, paraphrasant je ne sais plus qui. Comment en sommes nous arriver à cette conclusion ? Que peut-on bien répondre à ça ?  « Marie-Eve, tu es-tu une pute alors ?! » rigole la plus jolie des deux dont les cheveux ébouriffés, le visage embrumé d’alcool et sa nouvelle exubérance sont de véritables appels au viol. « Mais non ! » « Mais si ! » « Non … Si je suis une pute, t’es … t’es… t’es une catin ! » Je me marre en regardant l’autre zouave ému par cette magnifique répartie. On a changé les places, il y a pas cinq minutes quand le glitz est revenu des toilettes, c’est ce que j’appelle son côté « Perrin » (Pierre Richard dans la chèvre). Parce qu’alors que je le regarde envoyer un texto à je ne sais qui, il se prend la fin du pichet dans la gueule. Il est trempé et je le prends en photo avec mon mobile. Il me faut vite laisser tomber le Glitz parce que Marie-Eve empoigne le haut de satin de Natacha. Celui-ci se déchire sur presque toute la moitié droite du corps de Natacha. Ca ne pouvait pas mieux se passer ! Natacha est la plus bonne des deux, ma préférée et  je suis du côté droit ! Et le glitz est trempé ! Seul un pressentiment génial me poussant avant de partir à prendre mon autofocus rapide aurait amélioré cette situation ! Je « ouh » de stupéfaction, visant à mettre un peu d’huile sur le feu, mais un « ouh » aussi de jubilation face à un soutien marron avec des fioritures vanilles. 85 C ! Certain ! Mes préférés ! On finit par intervenir, glitz et moi, chacun attrapant et retenant celle que nous avions en vue. « T’es trempé ! » Gueule Marie-Eve, levant la main sur lui. Je croise les doigts mais non rien… Elle se calme. « Celui qu’on cherche est souvent à côté ! » lui affirme le Glitz, à la rien à voire ! J’adore parce qu’il est très proverbe ce soir ! Elle le dévisage. « T’es crazy lô toué ! » Il la regarde ! Ca dure, j’ai même le temps de sourciller en direction de Natacha. Marie-E lui essuie une petite goutte de bière qui lui coulait du front et comme un sauvage, il l’agrippe à la nuque et l’embrasse.  Mais vraiment comme un sauvage qu’aurait plus mangé depuis trois jours. Elle ne se débat presque pas. Je prends l’imper de Natacha et lui entonne un « Sortons… ». Dehors, je crois que je tarde un peu à lui donner son imper alors qu’elle ne sait pas comment utiliser ses bouts de satin pour couvrir ses seins. Il y a comme une brisure dans le continuum, un blanc, l’air trop frais ravive, rappelle à la réalité… Sa peau frissonne et je l’enveloppe de mon manteau. Que dire ? Que faire ? Se pencher simplement ? Une diversion ? Les deux autres, à l’intérieur, roulent sur la banquette. Natacha les regarde. Quand son visage reviendra à moi, je l’embrasserai. Une seconde à patienter me fait crier intérieurement à la voyeuriste. Elle se retourne. Mes yeux trahissent mon intention. Je plonge.

Elle se laisse faire. Sa bouche est chaude, sucrée Amareto, avec une langue dedans. Une danseuse de langue. Elle s’adosse à la vitrine. Je me colle à elle qui a toujours ses bras repliés contre ses seins. Ses bras gigotent et se fraient un passage sous ma chemise. Je lui libère un sein, gelé comme ses mains, ses bras, sa poitrine, son cou que caresse maintenant mon autre main. Elle m’enfonce un genou entre les jambes. Et un grand BAM retentit. L’instant d’après j’entends à travers la vitre mon pote crier sur le serveur : « Monsieur ! On reconnaît un homme à la propreté de son plancher ! Et celui-ci glisse ! C’est une honte ! ». L’instant d’après Marie-E et Glitz sortent dehors, à moitié poussés.

« Tous aux danseuses » qu’il gueule ! « Je vous paye une danse ! » Le temps se gonfle comme un gros accordéon puis se détend. « T’en connais un pas loin ? » « Thomas ! » me répond-t-il. « Il est facile d’aller là où on veut, c’est d’en revenir qu’il est difficile ! »

A suivre !