Thomas Cock

Le galop

In Uncategorized on 31/08/2018 at 1:56
  • Tu crois à l’astrologie ?
  • Pourquoi je n’y croirais pas ?
  • T’es de quel signe ?
  • Sagittaire.
  • Et toi ?

Elle sourit simplement.

Elles auraient pu passer à côté car il n’y avait aucune délimitation. Tout était vaste et libre. Mais elles choisirent de passer sous l’arche de pierres et de fleurs. Symboliquement, comme on franchit un état de conscience, comme on brave une frontière intérieure. Un rosier était planté à la base de chaque colonne. Du reste, il n’y avait rien si ce n’est l’herbe à perte de vue. Elles avancèrent dans un nuage s’élevant, révélant la plaine.

Le sol semblait s’arrondir par moment dans la courbe de l’horizon.
Un sein au duvet de gazon.

Mère-nature frissonnait.

Cela sentait la fauche fraîche et cette odeur domestique, cette présence humaine, dans ce qu’elle avait de meilleure, les soins qu’elle prodiguait à la terre, apportait une douceur à la liberté de l’endroit.

Les filles s’assirent dans l’humide trace de la nuit. Perçait, ici et là, le soleil. Sous l’œil de Sue, sous l’œil de Leil. Sous l’immense ciel qui jamais ne cil. Sous l’éternel, sur l’éphémère, assises en tailleur, conscientes de la Mandala qu’avaient été jusque-là, le cycle de leurs existences, face à elles-mêmes, à leurs karmas respectifs, Leil dit :

  • Tu vois cet abreuvoir ?
  • Oui
  • C’est à ce qu’il parait le seul et unique point de rencontre entre les hommes et les chevaux sauvages.

Sue se tut. Sue sourit.

  • Je ne sais pas si je suis encore capable d’y croire ?
  • A quoi ?
  • Au rêve.

 

Leil respira avec son ventre. Respira avec son thorax. Respira avec ses épaules.

  • Tu sais… Le sagittaire est le signe le plus attiré par ses rêves …
  • Oui.
  • Et donc le plus à même de les atteindre. S’il se débarrasse de ses illusions.

Sue cherchait dans le champ autour d’elle un quelconque filtre. Que dans un clignement d’yeux, elle aurait voulu faire sauter.

  • Et pourtant, il redoute le moyen d’y arriver. L’acceptation de soi. Dit Leil en posant l’index au centre de la poitrine de Sue.
  • Sa propre nature. Son tempérament fougueux.
  • Il condamne sa bestialité et tend son arc contre lui-même.

Leil pensa : En fait inconsciemment, son arc lui indique la bonne direction.

Sue pensa : La plaie. Il tourne constamment son arc contre lui-même pour s’éprouver. Vu qu’à ses yeux, la douleur est réelle. Il vérifie à travers ce qu’il connaît.

  • Il cherche à être une meilleure version de lui-même.
  • Il aime boire, fumer, baiser et parler de ses sentiments. Mais à chaque fois, qu’il le fait, il s’en veut. Sa fierté le juge. Il courra dans tous les sens et ruera dans les brancards pour éviter de se reconnaître.
  • Et pourtant comme tous les signes, il est complet.
  • Quand est-ce que le sagittaire s’accepte ?
  • Quand il s’aime ? Quand il reconnaît qu’il a quatre pattes.

Leil posa ses deux mains sur les cuisses de Sue. Et poursuivit son ascension.

  • Pour courir, pour servir son animalité.

Ses doigts essuyèrent la rosée sur les hanches de Sue. Et glissèrent sur quelques gouttes jusqu’à ses seins. « Un cœur de feu. » Elle soutint le galbe de son soutien-gorge et de sa paume sentit le battement. L’écho divin. « Pour montrer la démesure de l’amour. »

Sue releva le visage et caressa des pupilles le regard clair des yeux grands ouverts de Leil.

  • Une tête haute pour comprendre la passion et distinguer la fiction de la réalité.
  • Un arc pour viser.
  • Pour comprendre la nature de la flèche, son but mais aussi son impulsivité.

Leil se releva sur ses genoux et se pencha sur Sue. Lui enserra le dos, enfonça ses ongles.

  • Son origine, son impulsion, son rêve.
  • « Le rêve est toujours l’impulsion et en même temps, le but de la vie. Quand le sagittaire le comprend et accepte sa superbe nature hybride », Sue retira son short et écarta les cuisses, elle avait envie de s’ouvrir à la terre, « il devient son arc, il devient sa flèche, il devient l’étoile qu’il vise. Il devient son rêve.

Leil tira la culotte de Sue. La rose de Sue rencontra la rosée.

Sue murmura :

  • Il devient pour autrui ce que le rêve est à la vie, une source d’amour.

 

 

La main de Leil se jeta d’une mèche de cheveux à l’herbe comme un cœur plonge dans l’océan. Elle sinuait comme un serpent dans les brins verts entre leurs deux feux pour attiser le temps. Les dessins magiques que ses doigts inscrivaient dans la lumière, gravaient des géométries sacrées dans l’espace de leur désir.

  • J’ai peur. Se retint Sue, qui avait été plus habituée à aimer qu’à être aimée. J’ai mon  cœur qui est tout petit, qui n’y croit plus…
  • On a toujours peur des gens qui nous ressemblent. Un peu parce qu’on a peur de s’aimer soi. Répondit Leil en déboutonnant sa chemise aux motifs d’aquarelles.
  • Mais aussi parce qu’on a peur d’absorber leurs projections.

 

Leil se redressa. Dégrafa la broche dans sa nuque qui liait sa tignasse à sa robe. La robe de Leil s’effondra comme une falaise aux pieds de Sue, la distance s’étrécit et le corps nu de Leil s’ensoleilla.

Leil resta. Suave et élancée d’élégance de la tête aux cieux. Elle éclipsa le visage de Sue de ses deux lunes.

Leil s’abaissa ensuite, s’allongea sur son flanc et embrassa le pied gauche de Sue.

  • Personne ne te demande d’aimer.
  • Ni même d’y croire ?
  • Les croyances nous bloquent tellement.
  • Elles nous projettent en même temps qu’elles nous attirent.
  • Elles nous mènent toujours à leur résolution. A leur dissolution.

Leil dirigea le pied droit de Sue vers son bas ventre alors qu’elle remontait à sauts de bouche le long de son mollet.

  • En fait quand je disais, l’important, c’est de croire.
  • Croire en l’univers, en l’amour, en l’infini, en l’impossible. Oui !

Dans le creux de son genou.

  • Mais, par contre, quand tu disais que tu ne croyais plus en l’amour. Peut-être que tu ne crois plus en l’amour unique, à avoir un seul partenaire, à celui qui dure toujours, à la fidélité, à la fusion, à la passion, à la romance, l’attachement ….

Dans le creux du genou, très légèrement.

  • Parce qu’il s’est passé X ou Y dans ta vie.

A la naissance de la cuisse.

  • Peut-être parfois parce que tes valeurs avaient besoin de changer, peut-être parce que ce que tu incombais à l’autre, tu le portais en toi, sans le savoir.

Elle guida les orteils du pied droit jusqu’au confluent de ses jambes.

  • De ce que tu crois être l’amour…
  • Peut-être que tu ne sais pas ce que c’est. Alors, comment, pourrais-tu y croire ? Je ne dis pas que tu n’as pas connu une forme d’amour mais peut-être, juste pas celui que tu recherches ?

Sue soupira, soulignant de plus en plus fort de ses orteils le secret sourire de Leil.

Leil gouta le sucre sacré de Sue.

  • Il y a quelques temps, c’est ce que je ressentais aussi, je n’y croyais plus, et je mettais tout dans le même sac. Je sais que normalement, c’est le genre de choses qu’on dit après des mois de relation mais peut-être qu’on ne sortira jamais ensemble alors… Quand je t’ai vu à la plage, que tu m’as servi à boire puis à manger, une gratitude immense s’est emparée de moi. Pour la vie mais aussi pour toi.

Sue haletait.

  • A ce moment, j’ai fait un souhait intérieur. « Laisse-la être ».

Et Leil s’arrêta.

  • Et comme à chaque fois qu’on fait un souhait, la vie vous met à l’épreuve.

Sue se panait.

  • Comment je pourrais te laisser être, près de moi, avec moi ? Alors que j’ai du mal à te laisser être loin de moi, alors qu’on n’est même pas ensemble ? A ne pas t’écrire. A ne pas t’envoyer des musiques ?

Leil léchait.

  • Comment ?

Léchait et charmait.

  • Je crois que quand l’envie d’aimer se présente, elle rappelle à elle son opposé, son désir de ne plus aimer. La déchéance du précédent amour.

Sue se laissa tomber en arrière et en même temps dans le passé.

  • Il faut réussir à reconnaître en quoi on avait tort et ne pas chercher à prouver qu’on avait raison avec une nouvelle personne.

Sue plissait les yeux, en proie au souvenir.

  • Alors, bien sûr, j’ai envie de connecter avec toi. Mais je crois que le plus important, que le plus beau cadeau, que je puisse te faire, c’est de respecter ce souhait. Te laisser être.
  • En moi, un mot vibre : Libre. Répondit Sue.

Leil laissait l’âtre être et rit :

  • Je me souviens d’un autre souhait. « La passion, les fleurs, les cris, les pleurs, … j’ai vu. Maintenant, j’aimerais savoir ce que c’est que d’aimer. »

 

Elles s’offrirent et murirent dans la vérité qu’il n’y a pas de chemin pour le bonheur. Le bonheur, c’est le chemin. Sue succombait au fur et à mesure qu’elle sublimait les mots qui lui avaient toujours fait peur : « Le détachement de l’amour ».

 

Leil surveilla l’étincelle. Et dans le silence indivisible, souleva l’œil.

 

Les deux chevaux se regardaient.

C’était bien d’être des animaux. De ne pas devoir arrêter de réfléchir pour ressentir l’énergie qui animait tout l’univers. D’être juste là, dans l’herbe, de savoir qu’ils ne pouvaient se faire de mal.

Prêts à courir.

 

 

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