Thomas Cock

Lettre à la famille

In Uncategorized on 05/12/2017 at 5:20

 Salut Maman, Salut Marc, Margaux, Mamy, Françoise, Géraldine, Alexia, Dimitri, Raphaël, Albane, Emil et Basil,

Non, je ne suis pas mort.

Désolé que vous vous soyez inquiétés, mais je n’étais pas dans ce hangar qui a brûlé à Oakland. J’ai eu Françoise au téléphone qui m’a dit que vous avez appelé l’ambassade de Belgique et que Gé voulait faire une annonce sur Facebook. Cet incendie est une tragédie mais pour ma part, je vais bien. Je suis presque gêné de le dire dans ces circonstances, je n’ai même jamais été autant en vie.

Vous disposez tous de fragments différents alors le mieux, je pense, c’est de reprendre au début.

Tout a commencé par un choix.

Le costume bleu ou le costume à carreaux ?

J’ai toujours éprouvé de la difficulté à me décider. Je crois que c’est la notion de responsabilité qui m’effraie et puis j’ai tendance à penser qu’un choix en entraîne toujours un autre et qu’en définitive, tous les choix n’en forment qu’un seul, la personne qu’on choisit d’être. J’ai mis les boutons de manchettes dépareillés de papy, un bouton de nacre et une marguerite argentée. Après avoir répété mon entrée devant le miroir dans le costume bleu puis dans le costume à carreaux, j’ai admis que les deux me seyaient et pour la première fois, je me suis dit qu’il n’y avait peut-être pas d’erreur possible. Je me suis alors reconnu dans la glace. J’ai eu confiance en mon élégance naturelle et j’ai tranché pour le british.

Lorsque je me suis dirigé vers le tram pour me rendre à la soirée de mariage, je me suis souvenu de toutes les fois où j’ai enfilé cette cravate, les entretiens foireux, où j’ai passé ma chemise blanche sans la repasser. J’ai contemplé les coudes qui s’étaient durcis sur les coins des bars, les bords des manches qui s’étaient effilochés à force de frottements le long des zincs et avaient pris la cendre dans les cendriers. J’ai aimé cette veste abîmée, cette éponge à musique, insatiable noctambule. Je me suis souvenu des fois où je suis monté sur scène et mes jambes se sont rappelées des pas de danse. Ce soir-là, j’ai choisi de croire de nouveau en cet habit. De croire que c’était le costume de scène d’un danseur.  Et ce depuis le fil qui coule dans ses coutures, depuis l’aiguille.

 

Je suis arrivé en dansant au Yacht Club. Le dîner n’était pas encore terminé alors j’ai bu pour patienter. La soirée s’est écoulée dans des scénarios milles fois répétés. J’ai continué à boire et à danser. Elle est passée deux fois devant moi. Je me suis installé à une table haute pour l’observer et répéter ce que je lui dirais. Il existe une règle qui dit qu’il ne faut pas attendre plus de trois secondes avant d’accoster une fille sinon on n’y va jamais. Je l’ai détaillée sous tous les angles durant un quart d’heure. Des lèvres roses très claires. Un sourire franc. Des yeux bleus joyeux. Une frange brune. Des petites oreilles. Un petit nez. Des points de beauté.
Une robe verte. Plus simple, tu meurs. D’une simplicité assassine.

Je me suis avancé vers elle comme je l’avais répété devant la glace et arrivé à sa hauteur, j’ai dit :

  • Il faut toujours se méfier des femmes qui portent des robes vertes.

C’est elle qui m’a regardé avec méfiance. J’ai reconnu que c’était nul et elle a répliqué avec un petit accent Anglais. Alors je me suis mis à parler, par je ne sais quel miracle, la langue des Monty Pythons. Parlé. Parlé. Parlé. Je l’ai littéralement soulé de sciences occultes et de champagne. Quand j’ai finalement épuisé mon trac verbalement, nous avons dansé. Nous avons gesticulé toute la nuit. Les regards se sont attardés et les tissus se sont frôlés. Jusqu’à ce que la tête tournant légèrement à force de farandole, sur le ponton au-dessus du canal puant, je me mette à croire à sa robe, à la machine à coudre, à la bobine, au dé et à la main derrière tout ça.
J’ai cru en son visage, en son regard et finalement en sa bouche.

Elle m’a dit en Anglais :

  • Demain, Je m’en vais à Bordeaux pour un autre mariage et après-demain, je retourne vivre à San Francisco.

Au bout de multiples soupçons de baisers, nous nous sommes abandonnés sous un ciel qui s’est éclairé d’une constellation lorsqu’elle m’a susurré son nom. Oriane.

Dans la voiture, sur le retour avec les potes et la cousine du marié, nous avons fumé un joint et cette dernière m’a demandé si je comptais revoir Oriane.

  • Je ne sais pas. Ai-je répondu le cerveau allumé. Je l’ai juste embrassée le plus possible pour marquer mon souvenir de l’empreinte de ses lèvres.

Elle a commenté.

  • T’iras loin avec les filles.
  • San Francisco, j’espère.

Au lieu de ça, je suis parti deux jours plus tard avec Maman et tante Françoise à l’Île de Ré. Dans l’avion, j’ai envoyé un message à Oriane sur Facebook. Quelques heures plus tard, à Saint –Martin de Ré, après avoir défait nos valises, enfourché les vélos et roulé jusqu’à la plage, un grand mot pour maman, Oriane a répondu :

  • … J’ai failli te devancer à l’Île de Ré en confondant mon train pour Bordeaux avec celui de La Rochelle.

La prose délicieuse en Français impeccable du reste de son message m’a fait réaliser à quel point j’ai dû avoir l’air idiot lorsque j’ai déclaré : « Let’s talk in English, it will be easier for you ! ».

J’ai ignoré ce dernier point et j’ai rebondi sur son lapsus volontaire par un peu de lyrisme :

  • C’est dommage. Les gens qui se trompent de train sont les poètes du destin.

Ce à quoi elle a répondu un peu plus tard:

  • Que le destin retienne son souffle.

C’est ainsi que notre découverte l’un de l’autre a démarré, à tâtons, escalade de messages poétiques vers des mots de plus en plus simples, de plus en plus vrais. Des sentiments sont nés le long des marais salants. De la tendresse a émergé face à l’océan Atlantique qui se tenait entre nous et de l’envie a éclos, le soir, durant les parties de cartes avec Maman, Françoise et leur passé.

Un jour, un aveu a remplacé les sous-entendus :

  • J’aimerais que tu me rejoignes à SF.

J’ai promis de sauter dans un avion dès que j’aurais terminé le premier jet de mon roman. Trois semaines après, je l’ai appelé pour lui annoncer que j’étais prêt. Deux heures plus tard pour la prévenir que mon passeport était périmé. Les dix jours supplémentaires qu’il a fallu à la commune pour m’octroyer mon passeport se sont avérés plus que nécessaires pour accomplir une série de magouilles financières pour récolter de l’argent pour le départ et pour rembourser les dettes que j’avais contractées en écrivant depuis des mois.

Dans l’absence de visages, nous avons appris à nous connaître. Dans le décalage horaire, nous avons partagé nos rêves. Dans l’incertain, nous nous sommes faits confiance et dans l’attente, nous nous sommes désirés. Dans les derniers jours, l’impatience s’est matérialisée dans un embryon d’amour, un diamant que j’ai trouvé par terre. Un Cubic-Zyrconia, rectification faite après expertise chez un gemmologue. J’ai fourré la fausse pierre précieuse dans ma poche. J’ai acheté des pastels gras. J’ai pris ma vieille valise bleue, deux trains, deux avions, et j’ai amené la pluie.

Pour la première fois, depuis des mois, il a plu des millions de litres sur la Californie. Au bout de trois jours d’averse, elle m’a surnommé Anamunchura, le pisse-Dieu. Ces jours ont revêtu dans ma mémoire les motifs d’un legging à fleurs qu’Oriane a porté lorsqu’elle m’a emmené visiter son studio d’artiste. Sur le chemin, elle a arrosé ses jambes en traversant des flaques et a ri la bouche au ciel, le visage à la pluie, l’âme libre jusqu’à son atelier où je me suis retrouvé nu pour soi-disant sécher mes habits.

Avant mon arrivée, nous avons étiré des ondes longues de 9 000 kilomètres entre nous comme des liens magiques. Ce réseau de connexions s’est déployé à présent en d’innombrables câbles striant le ciel de San Francisco et celui d’Oakland sous lesquels nous partageons notre temps. Un mois est passé. Un mois à suivre ces fils comme des intuitions, à emprunter des nouvelles routes, à réapprendre une langue, à comprendre une culture et une personne dans son contexte. A vélo, en long board, en tramway, en métro…  En voiture vers le Sud, Big Sur, un chemin vers l’immense. Au bord de l’Océan, nous avons fait l’amour sur les rochers. Nous avons monté notre tente sous les Redwood, un soir, à côté d’un circuit de Formule 1, le lendemain et le long d’une rivière, le dernier. Nous avons gravé nos initiales sur un banc et sommes rentrés à Oakland.

 

Un mois s’est écoulé dans la maison aux trois pianos sous la forme d’une collocation à cinq. Des discussions sur l’assassinat de Kennedy et des théories sur les ovnis ont noué nos contacts avec le propriétaire. Comme tous les personnages qui nous ont été donnés de rencontrer, Paul, le violoniste de l’Orchestre symphonique de San Francisco, a réverbéré dans ses questionnements intérieurs, une partie des nôtres. En nous confiant ses problèmes de paternité, il nous a dévoilé son enfance.  En jouant tous les matins, les Nocturnes de Chopin, il a partagé timidement avec nous sa solitude et son incapacité à communiquer avec sa famille. Il a 68 ans, il vit avec des jeunes qui pourraient être ses enfants mais qui ne le sont pas.

Ce mois a trouvé son apogée dans un dîner « post-apocalypse », un 9 novembre où amis et famille réunies à table, se sont tenu les mains pour prier. Paul a servi un gâteau au chocolat et à l’orange, « le menu jusqu’à janvier », comme il l’a suggéré avec une touche d’amertume.

La collocation s’était réunie la veille et avait voté qu’une personne de plus, en l’occurrence moi, troublerait l’équilibre et l’harmonie de la maison. Cette exclusion a été une bénédiction.  Je les en remercie encore. Le soir, après le dessert présidentiel, Oriane et moi avons fait une partie de tarot pour savoir si je devais rester ou prendre mon avion le lendemain pour Bruxelles. Je n’oublierai jamais ce moment.

Dans la lecture du Tarot, chaque lame correspond à une position du questionneur. Son passé, son présent, son futur, ses aspirations, sa relation aux autres… Si tous les arcanes m’ont marqué par leur capacité à suggérer des pistes de réflexion et par leur aptitude à dessiner une pensée ou à décrire un état, une carte en particulier a changé le cours de notre histoire.

La carte des quatre coupes. Le choix.

Cette carte représente un jeune homme assis en tailleur au pied d’un arbre. Le garçon hésite face à trois coupes. Trois possibilités, trois chemins, trois options que je soupesais depuis des nuits. Donner des cours de Français, espérer que ça paye le loyer, galérer mais rester. Rentrer en Belgique, toucher le chômage, et tout faire pour revenir le plus vite possible. La troisième option dont je vous épargne les détails mêlait un van, des crêpes et des performances en tout genre.
A la droite du garçon, un bras sort d’un nuage et tend la quatrième coupe.
Je venais d’écrire le premier jet d’un livre sur le chemin qu’on emprunte pour devenir soi et la difficulté qu’il y a à croire en soi (chemin et livre dont je commence seulement à comprendre le sens). Nous avons appelé cette quatrième coupe, la foi – faith, et l’alignement des cartes nous a décidé à rester ensemble et à avoir foi l’un en l’autre. Nous nous sommes endormis plein d’espoirs et d’images subliminales du Tarot de Marseille.

 

Comme vous le savez peut-être, nous avons repris un cottage à l’arrière d’une maison dans le quartier nord d’Oakland. Nous avons commencé à rénover cet abri que le quartier appelle communément « The studio » pour les nombreux musiciens qui y ont joué et vécu. Un trompettiste est venu réparer le toit et nous a expliqué l’histoire des Weathermen, un groupe d’activistes qui y a vécu dans les années 70. Nous avons arraché les plastiques qui servaient plus récemment à isoler les odeurs d’un trafic de marijuana et découvert un piano sous l’un d’eux parmi les vieux cartons, plein des affaires et secrets de famille d’une dame dont le prénom est Faith.

 

Faith nous a donné un endroit où vivre. Un trou à ratons-laveurs d’une soixantaine de mètres carrés. Nous avons d’ailleurs fait la connaissance de l’un d’eux, gros comme un bulldog, qui est descendu un soir de l’escalier arrière, plus exactement de la chambre d’un Allemand encore plus volubile que moi. Allez savoir ce qu’il s’est passé entre eux. L’Allemand, que nous surnommons #nofilter est un des 6 habitants de la maison de Faith. Il y a un japonais qui pondère l’Allemand et n’a jamais aligné plus qu’un « Hey ». Je ne sais rien d’autre de ce courant d’air. Un Français, ingénieur et catholique pratiquant, le gendre parfait. Une Colombienne, également ingénieure dont le petit-ami nous a parlé du recompte des voix dans son état, le Wisconsin. Danish, un pakistanais du Massachusetts, vient de décider de planter son master à Berkeley, pour  avoir un bébé avec son petit-ami avocat à Boston.

Nous n’avons pas encore trouvé de surnoms pour chacun des habitants mais nous appelons Faith « l’arbre » quand nous parlons d’elle en Français. Faith a 68 ans, elle vit avec des jeunes qui pourraient être ses enfants mais qui ne le sont pas. Bien sûr, c’est le prix du loyer exorbitant qui justifie la vie en communauté dans la Bay Area. Et quels enfants voudraient vivre avec leurs parents ? Cependant, la fille de l’arbre, la fleur, passe tous les jours faire ses lessives. Le fils, le bourgeon, est récemment revenu de L.A. pour lui demander de l’aider à quitter son business de marijuana dont l’expansion le dépasse. L’opulence, la culpabilité et un désir de rédemption se chamaillent dans ce gros corps à l’esprit enfumé. Même, la branche, l’ex-mari, est repassé soit disant récupérer des outils mais au lieu de ça, il a mis un verrou sur la porte de l’atelier.

 

L’arbre nous a donné un boulot. Faith travaille comme grantwriter. Elle rédige des bourses pour des organisations à buts non lucratifs. J’ai donc contribué à motiver des demandes de fonds pour la réinsertion de prisonniers. Je me vois encore à la conférence, au moment où l’oratrice a proposé un tour de table des présentations. Les Américains en général, et encore plus les afro-américains majoritairement présents ce jour-là, ont un super pouvoir. Celui de prononcer une phrase entière en une syllabe. Le tour de table des quarante participants, dans son rythme effréné m’a fait l’effet d’un rap. La rapidité, l’enthousiasme et la confiance des américains sont des traits que j’espère assimiler sur ce continent. Nous avons bossé sur une autre bourse pour l’assistance aux malades du sida et une troisième pour impliquer des jeunes sans-abris dans des projets artistiques. Le job consiste principalement à rédiger de la paperasse bureaucratique et en amont à interroger les responsables de projets, ces personnages bienveillants et hauts en couleur.

 

Par moments, j’entrevois, un sens, une synchronisation entre toutes ces choses ainsi qu’un drôle de parallélisme à ce que mon livre, que je n’arrive pas à terminer, s’appelle « le cœur et les couilles » et le fait de travailler sur des bourses, destinées à des œuvres caritatives, qui plus est. Se consacrer aux causes des enfants à la rue, des abonnés aux problèmes d’addiction et aux délits, procure un sentiment d’utilité. Par moments, un point commun ressort entre toutes ces personnes que nous avons rencontrées : Paul, Faith, leurs enfants, les colocataires et les différents membres de ces associations. Toutes ces personnes qui veulent tellement aider les autres, ont du mal à s’aider elles-mêmes.

 

De ces sources de douleur qui procurent du bien-être quand on en extrait la sève, a jailli l’ultime mise en abîme à notre vie de couple : l’art-thérapie. Oriane, étudiante en art et moi, spécialiste en n’importe quoi, nous sommes vus proposer d’assister des gens avec des problèmes de drogues et de les aider à s’exprimer, à guérir à travers l’art. Nous avons tous les deux failli pleurer quand une des participantes aux yeux fourbes et à l’intonation de Samuel L. Jackson a convaincu une autre participante qui ressemble à Ursula dans la petite sirène de se faire confiance, d’avoir du courage et de la patience envers elle-même. Le soir, j’ai dit à Oriane, je crois que nous faisons partie de quelque chose de plus grand, après avoir extrapolé, j’ai rajouté : « Si ça se trouve la terre est le cœur de l’Univers. » Elle m’a répondu : « Ou juste une cellule. » Je l’aime de la démesure avec laquelle, elle a agrandi mon cosmos.

Et j’ai envie d’agrandir le sien. D’un enfant, peut-être. Puis je pense à tous ces enfants et ces parents abandonnés autour de nous qui nous prennent pour leurs enfants ou pour leurs parents adoptifs. Je sais qu’il y a encore du chemin avant que l’on devienne de vrais parents et avant qu’on applique les conseils qu’on donne aux autres.  Je la regarde en face de moi, au moment où j’écris. Il y a un café en face de celui où l’on travaille qui s’appelle « Muse ». Elle sourit puis s’exclame avec tristesse face à son ordinateur :

  • C’est affreux. Il y a un étudiant de mon école qui a perdu sa petite amie dans l’incendie du hangar à artistes.

Nous nous prenons la main avec tendresse et nos yeux crient en silence notre chance d’être là l’un pour l’autre.

Je sais que c’est trivial mais c’est la seule conclusion à laquelle je sois arrivé depuis le début de ce voyage. Nous avons de la chance d’exister, de nous chercher, de nous trouver et de pouvoir nous aider les uns les autres. Nous donnons généralement les conseils que nous voudrions recevoir. Alors voilà, aimez-vous comme vous aimez les autres. Tout est en vous. Dieu, l’amour de votre vie, la réussite, la liberté, le monde, la paix, la compréhension, le courage, l’enfant et le parent, … Peu importe, ce sont toutes des cellules d’une même famille.

Je vous aime.

Thomas

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