J’ai, longtemps, fait aucune différence entre Amour et Passion. Ou plutôt, je ne comprenais pas qu’il put y avoir une différence entre les deux et même, je croyais qu’il ne devait y avoir aucune différence, que l’un devait être l’autre, que l’un était l’autre.
C’est en voulant écrire sur l’amour que je me suis rendu compte, que je n’avais jamais écrit que sur la passion, des effusions violentes ou douces, chatouilleuses parfois, mais toujours immédiates, directes et du coup éphémères, fugaces.
Ça n’avait réellement laissé de marques dans mon esprit que celle d’un fantasme romantique. Il me fallait chercher dans ma mémoire, trier des effets de cinéastes, choisir dans les pellicules du passé, rembobiner, essayer de goûter une deuxième fois. Et en définitive, m’apercevoir que le film avait pris une nouvelle teinte, celle du songe, de la brume et de l’oubli.
Le présent fort, irrévérencieux qui s’était dilaté dans des instants d’infinies passions, s’est apaisé, s’est allongé sur la toile, s’est incrusté de lumières et d’ombres, s’est repenti, a avoué devoir mûrir, nécessiter plus de couleurs, plus de couches de peinture, plus de peau à son âme oignon, plus de feuilles à son cœur d’artichaut.
Il reste que l’amour imaginé se dégarnit à force de vernis, comme si ces couches transparentes en s’additionnant, avaient fini par faire loupe sur l’illusion.
Et alors que la nature cherche à se voiler, l’homme s’obstine à vouloir lever le charme.
Le marabout amoureux de sa magie veut plus que la magie, il veut la raison, le pourquoi et un ultime parce que omniscient, omnipotent, obsédant.
C’est en ça que l’amour se défie des masques, du bal, du jeu, de la sorcellerie des hommes et du besoin ; l’amour est intuition permanente, elle n’a pas besoin de raison ni d’origine pas plus que de but, elle est le temps, ce qui traverse et emporte, le fleuve, de sa source à la mer, à l’océan, au nuage, à la pluie, à la tempête, au tonnerre, à la brise, à la rosée du matin au soir, à l’impossibilité de faire sans.
Elle est la voix unique, l’acceptation, la seule manière d’échapper, accepter, aimer, voir avec les yeux de l’amour, se libérer et libérer l’autre des chaînes, des affres du sablier, danser alors un mouvement perpétuel, une valse aux planètes, goûter un peu d’ADN originel, une goutte de Big Bang, un peu de pluie de dix milliards d’années, céleste, divine, enchantée, goûter un peu de prose des anges, ambroisie coulant dans les yeux, les oreilles, la bouche, merveille des sens que de se libérer.
Trouver le courage dans la peur, la vérité dans l’illusion, l’authenticité dans son mensonge, le bonheur dans la tristesse, la confiance dans l’abandon, l’autre en soi, soi alors en l’autre, aveuglément lâcher prise, dans l’obscurité, trouver la lumière, la sublime énergie, merveilleuse force, intuition tapie au plus profond de l’être, intuition toujours, intuition par excellence, la vie dans sa plus belle carnation, d’une nudité vertigineuse, l’amour.