Thomas Cock

L’Amour et la Passion

Dans littérature, poésie le 22/05/2012 à 3:17  

J’ai, longtemps, fait aucune différence entre Amour et Passion. Ou plutôt, je ne comprenais pas qu’il put y avoir une différence entre les deux et même, je croyais qu’il ne devait y avoir aucune différence, que l’un devait être l’autre, que l’un était l’autre.

C’est en voulant écrire sur l’amour que je me suis rendu compte, que je n’avais jamais écrit que sur la passion, des effusions violentes ou douces, chatouilleuses parfois, mais toujours immédiates, directes et du coup éphémères, fugaces.

Ça n’avait réellement laissé de marques dans mon esprit que celle d’un fantasme romantique. Il me fallait chercher dans ma mémoire, trier des effets de cinéastes, choisir dans les pellicules du passé, rembobiner, essayer de goûter une deuxième fois. Et en définitive, m’apercevoir que le film avait pris une nouvelle teinte, celle du songe, de la brume et de l’oubli.

Le présent fort, irrévérencieux qui s’était dilaté dans des instants d’infinies passions, s’est apaisé, s’est allongé sur la toile, s’est incrusté de lumières et d’ombres, s’est repenti, a avoué devoir mûrir, nécessiter plus de couleurs, plus de couches de peinture, plus de peau à son âme oignon, plus de feuilles à son cœur d’artichaut.

Il reste que l’amour imaginé se dégarnit à force de vernis, comme si ces couches transparentes en s’additionnant, avaient fini par faire loupe sur l’illusion.

Et alors que la nature cherche à se voiler, l’homme s’obstine à vouloir lever le charme.

Le marabout amoureux de sa magie veut plus que la magie, il veut la raison, le pourquoi et un ultime parce que omniscient, omnipotent, obsédant.

C’est en ça que l’amour se défie des masques, du bal, du jeu, de la sorcellerie des hommes et du besoin ; l’amour est intuition permanente, elle n’a pas besoin de raison ni d’origine pas plus que de but, elle est le temps, ce qui traverse et emporte, le fleuve, de sa source à la mer, à l’océan, au nuage, à la pluie, à la tempête, au tonnerre, à la brise, à la rosée du matin au soir, à l’impossibilité de faire sans.

Elle est la voix unique, l’acceptation, la seule manière d’échapper, accepter, aimer, voir avec les yeux de l’amour, se libérer et libérer  l’autre des chaînes, des affres du sablier, danser alors un mouvement perpétuel, une valse aux planètes, goûter un peu d’ADN originel, une goutte de Big Bang, un peu de pluie de dix milliards d’années, céleste, divine, enchantée, goûter un peu de prose des anges, ambroisie coulant dans les yeux, les oreilles, la bouche, merveille des sens que de se libérer.

Trouver le courage dans la peur, la vérité dans l’illusion, l’authenticité dans son mensonge, le bonheur dans la tristesse, la confiance dans l’abandon, l’autre en soi, soi alors en l’autre, aveuglément lâcher prise, dans l’obscurité, trouver la lumière, la sublime énergie, merveilleuse force, intuition tapie au plus profond de l’être, intuition toujours, intuition par excellence, la vie dans sa plus belle carnation, d’une nudité vertigineuse, l’amour.

Fulgurance

Dans littérature, philosophie le 11/03/2012 à 8:07  

J’ai sans arrêts l’impression qu’un jour, il me faudra m’expliquer, tout expliquer, ma vie, toute ma vie, la vie même, à quelqu’un que je ne connais pas et qui de surcroît ne me connait pas, m’expliquer comme à l’école à un professeur, une bêtise faite en classe, l’explication donnée jaugera la sentence :

La vie sauvage et indomptable, dans sa nature mystérieuse, arithmétique impossible sans le zéro, nous fait nous mirer dans notre imagination, les fantasmes de notre mémoire, et nous nous heurtons à la question dont nous sommes la réponse, à la pensée dont nous sommes la vie.

Vie et imagination, deux branches de l’A.D.N. originel, mouvements perpétuels de la fractale cyclique s’enlacent comme Yin et Yang et nous laissent dans ce désir de trinité, passé, présent, futur, soulagés et unis.

On cherche la cause et l’effet, le crime et le châtiment, comme on croit au pourquoi et au parce que, comme on désire Dieu et la vacuité comme on s’attache à tout et oublions le détachement.

Essayez ! Allez jusqu’au bout ! Dans un ordre rebroussant l’ordre, détachez-vous de tout progressivement, du plus superficiel à l’essentiel et imaginez. Imaginez-vous le monde sans tout ce qui vous habille, sans tout ce qui vous plait, du vice à la vertu, sans tout ce qui fait du monde un monde moderne, sans les autres, sans votre famille, sans plus personne à aimer, sans l’amour, sans l’homme, la femme, sans l’humain.

Imaginez le monde sans animaux, sans oiseaux dans le ciel, sans poissons dans l’océan, sans insectes, sans aucun être dessus. Imaginez le monde sans végétaux, sans flore, sans minéraux, sans terre ni eau, sans composition tangible.

Imaginez qu’il n’y ait pas eu notre terre et nulle part, de par les galaxies, imaginez qu’il n’y ait jamais eu les conditions requises pour cette forme de vie que nous connaissons, qui est la nôtre, qui nous appartient.

Imaginez que la grande horlogerie des planètes n’ait jamais donné l’heure juste à la vie, ou peut-être tout simplement pas encore, rien ni personne n’aurait donné le coup de queue initiale au billard céleste, rien n’a encore éclaté, tout est encore trou noir et précipice lumineux indistinct sans bords ni commencements, les dés sont dans la main et ne font qu’un avec la main, « rien » est encore la matière pleine du « tout » et tout est vide et à combler, une idée à qui il manque l’imagination.

Essayez d’imaginer une idée vide, un univers sans quoi que ce soit dedans, pas même un gaz, vierge. Pourtant il y a cet univers qui ne contient rien, s’il y a récipient c’est qu’il y a contenu et que ce rien qu’il contient est sa matière propre.

Alors n’imaginez plus quoi que ce soit, pas d’univers, pas de récipient, pas même l’idée de ce néant. Rien ! Cette vacuité-là, il vous est impossible de l’imaginer, ce zéro mathématique, il vous est impossible de le concevoir, ce problème vous est impossible à résoudre sans foi, sans la foi que l’imagination c’est la Vie, c’est l’Univers, c’est Dieu, c’est Vous !

En réponse à cet article: http://dautresdirections.over-blog.com/article-42-orphee-mythe-politique-par-excellence-101374788.html

Je me souviens

Dans littérature, poésie le 26/02/2012 à 5:46  

Je me souviens d’un musicien qui disait que le passé n’existait pas. Je me souviens d’un croyant qui disait que le futur n’existait pas et ajoutait « L’homme fait des projets et Dieu rit ». Je me souviens d’un poète qui disait que seul le présent vivait, que peu importe où il s’en allait, seul, lui, comptait. Je me souviens d’un philosophe qui disait que rien n’existait, que tout était fiction.

Je me souviens d’un mini market à New-York, dans le quartier chinois, à la lumière diaphane, les nouilles sarrasins, les vermicelles, les myriades de chinois et les nouilles partout, le Soho, Chelsea, les bouches de métro fumantes, et de bouches fumantes à Manhattan en Brooklyn, le quartier ceci de cela, les deux bridges, l’aller, le retour, le meat market, un toit avec deux chaises, une sono, l’Empire State Building et ses milliers d’ampoules.

Je me souviens de l’été indien, de Montréal qui pleure sa plus belle saison et ses filles sans culotte. Je me souviens des métros portugais plein de signes astronomiques et maritimes. Je me souviens d’une statue de pierre dont toucher la main porte bonheur, un énorme Botero, des chutes d’eau vertigineuses à la pointe sud de l’Afrique. Je me souviens de l’atterrit, ce sol rouge au cœur du continent noir, les congas, un mouvement de flûte, les nuages roses et blancs à travers le hublot. Je me souviens avoir goûté la moutarde pour la première fois sur une montagne cernée d’étoiles. Je me souviens avoir bu la tasse au confluent d’une mer et d’un océan. Je me souviens de l’envie de me perdre dans le monde, de perdre tout simplement et de gagner à force d’abandons. Je me souviens d’une fille aux yeux gris qui chantait dans la rue, toute la journée.

Je me souviens de ce dédale de tombes, de boulots, de chênes, d’érables… les feuillus, les épineux, escaladant la bute, escaladant Paris, escaladant les morts illustres, Morrisson, Géricaud, Proust, Chopin, Molière, Piaf, Wilde, Bernhardt, … Je me souviens que mon grand-père disait qu’il fallait planter un arbre pour être un homme. Je me souviens que le soir, ivre à Pigalle, j’ai trouvé magnifique que la Terre tourne.

Je me souviens d’un mime qui m’a suivi toute l’avenue Diagonale à Barcelone. Je me souviens d’armées de verres, de gens, de foules, de rassemblements, de cigarettes, de discussions qui étaient comme des bougies dans l’obscurité. Je me souviens d’un désert, d’oasis perdus et espérés, je me souviens du moloch de Tasmanie, du diable cornu, des méduses à anneaux bleus, une baleine à bosse, la mygale de Sydney, les Barramundas, les serpents, les lézards à collerettes, les veuves noires, les araignées violonistes. Je me souviens des lions endormis, des zèbres galopant et d’un crocodile estuaire gobant un singe distrait.

Je me souviens d’un baiser, et d’un millier d’autres donnés, volés, repris, attendus. Je me souviens d’un baiser vécu deux fois, à des années l’un de l’autre. Je me souviens avoir été une marionnette suspendue à quelque chose de plus grand. Je me souviens m’être emmêlé les fils. Je me souviens les avoir coupé, sans bien comprendre pourquoi. Je me souviens d’une sonate de Schubert qui faisait de mes orbites des volcans. Je me souviens d’un clair de Lune au sommet de mon crâne.

Je me souviens de certains mots plus que d’autres, du voyage que sont les mots. Je me souviens de lèvres silencieuses et d’iris couronnés de soleil. Je me souviens d’une bouche qui promettait et d’une autre qui jurait. Je me souviens d’un cri solitaire percutant le vide et me revenant dans le ventre. Je traversais la vie mais elle me traversait bien plus encore.